Une affiche ne se lit pas, elle se voit. Sur un mur, un totem d’affichage ou une vitrine, personne ne s’arrête pour la déchiffrer. Le regard la croise en marchant, en conduisant, en attendant le bus, et ce qu’elle a à dire doit se comprendre tout de suite, ou pas du tout.
C’est exactement ce qu’a vécu France Travail à Hyères. En service civique à l’agence, un jeune avait remarqué que les affiches du moment, celles sur les formations ou les aides à la mobilité, étaient trop chargées : « j’ai remarqué que l’affichage n’était pas optimal : les affiches étaient trop chargées, maximalistes. Il fallait changer ça. » Nous avons repris ces supports avec une règle simple, et nous l’appliquons depuis à chaque affiche que nous dessinons.
Combien d’idées une affiche peut-elle porter ?
Une seule. C’est la même règle que nous avons suivie pour la conciergerie Gestion Location Saisonn’Hyères : un visuel, une idée, « Louer sans stress, c’est possible. » Rien d’autre n’y figure, ni logo en gros, ni liste de services, ni numéro de téléphone en évidence.
Devant une affiche, le regard ne va pas chercher cette information : s’il ne la trouve pas en un coup d’œil, il passe à autre chose. Avant de dessiner quoi que ce soit, il faut donc répondre à une question : si l’affiche ne pouvait garder qu’une phrase, laquelle serait-ce ? Tout ce qui n’y répond pas peut attendre, ou disparaître.
Pourquoi le cerveau n’a-t-il pas besoin de plus d’un instant ?
Parce qu’il va très vite, plus vite qu’on ne l’imagine. Des chercheurs ont montré qu’un cerveau humain reconnaît le sens d’une image montrée seulement 13 millisecondes, soit environ le centième de seconde : les performances restaient supérieures au hasard à cette durée, la plus courte testée dans l’expérience (Potter, Wyble, Hagmann et McCourt, Detecting meaning in RSVP at 13 ms per picture, Attention, Perception, & Psychophysics, 2014).
Un passant ne regarde pas une affiche aussi brièvement, mais le mécanisme est le même : la première fraction de seconde décide déjà si l’image retient l’attention. Ce qui s’y joue en premier, c’est l’idée centrale, pas le détail du bas à droite, et surtout pas le paragraphe d’explication qu’on a eu tant de mal à écrire.
Quelle taille de texte pour rester lisible de loin ?
Plus grande qu’on ne le pense en la dessinant sur un écran d’ordinateur, à quelques centimètres des yeux. Le bon test, c’est de reculer : afficher le visuel à l’échelle, puis traverser la pièce, ou le mur, ou la rue, jusqu’à la distance où une personne le découvrira réellement. Si le titre devient illisible avant d’avoir fini de reculer, il est trop petit.
La distance change tout. Une affiche posée dans une vitrine se regarde de près ; un panneau planté en pleine rue, ou un caisson lumineux vu de nuit, se regardent de beaucoup plus loin. Ce sont deux des formats sur lesquels nous avons travaillé pour France Travail, et chacun demande sa propre taille de texte, jamais la même d’un support à l’autre.
Quel contraste choisir entre le texte et le fond ?
Le plus net possible. Le W3C, l’organisme qui écrit les règles d’accessibilité du web, fixe un seuil minimal de 4,5:1 entre un texte courant et son fond pour qu’il reste lisible (W3C, WCAG 2.1, critère 1.4.3 « Contraste (minimum) », 2026). Cette règle a été écrite pour les écrans, mais elle vaut tout autant dehors : au soleil, sous un éclairage de rue ou sur un papier déjà jauni, un contraste faible disparaît en premier.
Un texte gris clair sur fond blanc, à la mode sur certains sites, ne survit jamais à l’impression. Pour une affiche, l’encre la plus sombre et le fond le plus clair que permet l’identité du client restent le choix le plus sûr. Deux couleurs qui se touchent sans se ressembler suffisent largement ; une troisième couleur sert rarement à autre chose qu’à diluer les deux premières.
Que garder, en dehors du message principal ?
Le strict nécessaire pour agir : un moyen de contact, et rien de plus. Un numéro, un lien court ou un QR code suffisent, pourvu qu’ils soient assez gros pour être photographiés sans s’approcher. Nous avons détaillé, dans un autre article, ce qu’une carte de visite doit indiquer ; les mêmes règles de taille et de hiérarchie s’appliquent à une affiche.
Chez France Travail, chaque affiche gardait un visuel fort, un œil bleu sur fond rayé, un ballon de basket en dégradé de coucher de soleil, un damier bleu, blanc, rouge et noir, et une poignée de mots. Le reste, logos secondaires, mentions, texte d’explication, est passé derrière, plus petit, à la place qui lui revient. Sur l’affiche de la visite du commissariat de Hyères, posée sur un totem d’affichage, le damier et le QR code d’inscription suffisaient : rien d’autre n’était nécessaire.
Par où commencer ?
Avant d’ouvrir un logiciel de création, écrivez la phrase que l’affiche doit laisser dans la tête de celui qui la croise, en moins de dix mots. Choisissez ensuite une seule image pour la porter. Le reste, taille du texte, contraste, mentions, se décide après, en fonction de cette seule idée, jamais avant elle.
Vous voulez une affiche, ou tout autre support imprimé, pensé pour être compris en un regard ? Parlons de votre projet.